Marcel Arland (copyright Viollet)

MONCEF KHEMIRI

UNIVERSITE DE TUNIS I

Faculté des Lettres -La Manouba TUNISIE

Marcel Arland et André Malraux : Un demi-siècle d'Amitié

 

 

S'il n'était pas doué pour le bonheur (1)- nous serions même tentés dire qu'il avait la vocation du malheur (2)- Marcel Arland avait, par contre, le don de l'amitié. Grâce à sa capacité de comprendre les autres sans les juger, à son sens de la relativité des valeurs et à ses qualités de moraliste ouvert et lucide, il a pu fréquenter des hommes aussi différents que Paulhan, Malraux, Pierre Drieu la Rochelle, Schlumberger ou Jacques Chardonne et entretenir avec eux des relations d'estime, voire d'amitié. Les relations amicales qu'il a pu tisser avec des hommes aussi différents, ont été en particulier pour Jean Paulhan un constant sujet d'étonnement. "Comme c'est curieux ton amitié pour Malraux !Vous êtes si différents (3), lui a- t-il glissé plus d'une fois.

Nous voudrions dans cette étude nous pencher sur quelques unes des amitiés littéraires de Marcel Arland, et en particulier sur son amitié avec Malraux, pour montrer que l'auteur de L'Ordre n'a pas été un homme de chapelle, prisonnier d'une quelconque idéologie, mais qu'il a incarné au sein de la NRF l'image d'un humanisme souriant, mais jamais dupe.

Précisons d'abord le sens de cette expression d'amitié littéraire à laquelle nous consacrerons ce propos. Quand elle lie des écrivains, l'amitié littéraire dépasse l'ordre de l'affect et revêt la forme d'une communion dans un idéal moral et esthétique. Celui de Marcel Arland repose non seulement sur la rigueur et la lucidité, mais aussi sur l'expression des sentiments les plus profonds - la pratique d'une absolue sincérité - coulée dans la forme la plus épurée et par la même la plus poétique.

Attentif à ce qu'il y a d'unique en tout homme et à la spécificité de l'aventure existentielle de chacun, Marcel Arland ne tenait pas rigueur à certains de ses amis qui endossaient des idéologies -souvent contraires à leur nature- car il estimait que sous le masque de la rationalité et de la certitude, se dissimulent toujours des tourments et des déchirements capables de lui rendre sympathique un Drieu La Rochelle ou un Jacques Chardonne. C'est qu'il ne voyait dans les idéologies et les valeurs morales - ou immorales - dont s'affublaient les uns ou les autres qu'une " monnaie de l'absolu ", l'expression d'une quête spirituelle qui ne dit pas son nom.

Ainsi par exemple Marcel Arland n'a jamais nourri de ressentiment envers Drieu La Rochelle qui l'avait pourtant supplanté en 1940, à la tête de la NRF, et entraîné la prestigieuse revue sur la voie de la Collaboration. " Malgré les divergences de nature, les heurts et certaines oppositions fondamentales - il y a en lui quelqu'un qu'on ne peut s'empêcher d'aimer (4), écrit-il à propos de l'auteur de Gilles. Dépassant les clivages idéologiques, et ne prenant en ligne de compte que l'authenticité de la recherche et la qualité de l' écriture de Drieu la Rochelle, Arland avait reconnu en lui un écrivain authentique, l'un des " écrivains les plus importants de cet entre-deux-guerres ", à la solitude et à la souffrance duquel il était particulièrement sensible. Il écrit à propos de son suicide en 1945 : " Sa mort m'a violemment ému et je ne suis pas le seul. J'ignorais qu'il vécût encore à Paris. J'éprouve amèrement le regret de n'être point allé le voir dans sa cachette, alors qu'il devait se sentir abandonné. Ce vaincu était d'une race peu commune que beaucoup des ses vainqueurs devraient lui envier. (5)

Il en est de même de Jacques Chardonne pour lequel Arland a eu une vraie amitié à partir des années trente, et ce malgré les idées politiques et morales (6) rétrogrades de l'auteur de L'Epithalame. Leur amitié, née comme un coup de foudre, a pris la forme d'une passion ambivalente, nourrie de toutes sortes de contradictions. Dans " Destinée sentimentale ", l'avant-dernier chapitre de Ce fut ainsi, et qui paraphrase comme chacun sait, le roman de Jacques Chardonne Destinées sentimentales (1934), Arland s'interroge sur le sens de cette soudaine amitié et en loue la constance dans ces termes : " Que penser de cette brusque amitié ? Elle fut longue, elle fut vraie ; davantage, elle fut constante ; elle n'a point éprouvé ces hauts et ces bas, ces blessures même, que d'autres amitiés, plus profondes, je crois, celle de Malraux, celle de Paulhan surtout (vers la fin), m'ont fait connaître (7). Si Arland a pu s'attacher à Chardonne, malgré ses " contradictions, ses violences et ses brusques douceurs (8), c'est parce qu'il est, dit-il, " un homme meurtri (9). Arland montre ainsi une si grande capacité à comprendre l'autre et à adopter ses bonnes et ses mauvaises raisons, c'est-à-dire à l' aimer dans le respect de son individualité au point que Chardonne lui en a fait un jour le reproche en lui écrivant : " Vous êtes un personnage de roman. Voilà votre drame.[…] On voudrait dire : tout chez vous est démesuré ; mais selon quelle mesure ? La bonté, chez vous , a de telles proportions qu'elle fait peur . On est tout de suite avec vous dans l'inhumain, je veux dire : loin de l'humain, trop humain." (10)

Mais l'amitié qui a le plus compté dans la vie de Marcel Arland est celle d'André Malraux. Dans son dernier essai Ce fut ainsi où prédomine une inspiration autobiographique, Marcel Arland a consacré la première partie de son ouvrage, intitulée " Destin accompli… " à l'évocation de cette amitié avec Malraux, amitié qui a traversé le siècle et résisté à tant de vicissitudes. Et c'est d'ailleurs à propos de cette sa relation exceptionnelle avec Malraux que Marcel Arland a parlé d'un " demi-siècle d'amitié "(11) . Née vers les années vingt, cette amitié a en en effet traversé le siècle et a persisté jusqu'en 1976, date de la mort d'André Malraux.

Dans quelles circonstances " le garçon de Bondy et le garçon de Varennes-sur-Amance "(12) se sont-il connus ? Comment ont évolué leurs rapports au fil du temps ? Comment le moraliste soucieux de " sincérité absolue " et attentif à ses propres émois et désarrois a-t-il suivi l'engagement politique de son ami et considéré sa tentation héroïque ? De quelle manière le " patriarche des Lettres françaises " a-t-il jugé l'ascension sociale de son ami devenu pendant une dizaine d'années le Ministre d'Etat chargé des affaires culturelles ?

Nous voudrions évoquer cette amitié d'une part en suivant le récit qu'en donne Marcel Arland dans ses écrits autobiographiques et d'autre part en éclairant grâce au témoignage d'autres contemporains les principaux épisodes que ces écrits scandent.

1- Le vertige du souvenir : Notre point de départ sera le léger malaise que Marcel Arland a eu en 1977 lors de la visite qu'il a effectuée à l'exposition organisée du 19 novembre au 19 décembre par la Chancellerie de l'Ordre de la Libération pour le premier anniversaire de la mort de Malraux.

Venu à Paris deux jours avant la clôture de cette exposition à laquelle il avait prêté certains documents en sa possession (lettres et livres), Marcel Arland s'y rend. Il entame sa visite, plongé dans ses souvenirs, en compagnie du fantôme de son ami : " Bon ; continuons, ami "(13) se dit-il. Mais devant les photographies du jeune Malraux et de sa famille qui lui rappellent son enfance funèbre -" un père qui meurt quand j'ai trois ans, une mère dans son obstinée veuvage, un parrain tué par la foudre.[..] "(14) -. ? puis face à un livre qui lui est " fraternellement " dédicacé et à une photographie dans laquelle il se reconnaît lui-même, l'homme de soixante-dix huit ans a un léger malaise parc qu'il a été comme submergé par la houle du souvenir : " Ce livre, explique-t-il, ces deux noms en haut de la première page, ce fraternellement qui les unit , une veille de départ et d'aventure…Je me suis détourné. Soudain : -" Cela ne va pas, Monsieur ?

Une dame qui … Parce que je …. " (15).

Fidèle à cette pudeur toute classique " dont autrefois souriait Malraux "(16) , Marcel Arland s'abstient ici d'exprimer explicitement la poignante douleur qu'il a ressentie et préfère la suggérer par d'éloquents ponts de suspension. Mais comme l'émotion était trop forte et qu'il a été atteint par la maladie du souvenir, il se laisse envahir par le passé et se résout à remonter à l'époque la plus éloignée : " Mais, à l'instant de sortir,(et j'avais l'impression, c'est curieux de sortir avec vous ) je suis revenu à vos points de départ "(17) .C'est ce mouvement rétrospectif qu'épouse le récit fragmenté, œuvre d'une mémoire subjective et sélective que adopterons dans cette évocation poignante d'une époque si chère à Marcel Arland qu'à Malraux lui-même.

2- Sous le signe de l'art : Il a été souvent écrit, après le témoignage de Clara Malraux que Marcel Arland et André Malraux se sont connus à la NRF. Voici ce qu'elle écrit dans Le Bruit de nos pas à propos de son époux qui commençait en ces années 1922 à fréquenter les éditions Gallimard : "De ces passages rue de Grenelle, dans les petites pièces sombres rétrécies par les livres de la future grande maison d'édition, mon compagnon ramena un jour un jeune homme de petite taille, au visage rond, aux yeux agrandis par des lunettes, Marcel Arland, dont la réserve n'était pas sans quelque provocation, et les traits plus enfantins que son comportement sérieux d'homme de l'Est.[…] Pas encore aussi sensible à la peinture qu'il le devint par la suite, il se livrait alors à la littérature par une ferveur de moine militant "(18) . S'il est bien vrai que vers les années 1922, Malraux retrouvait souvent Arland chez Gallimard, où son ami venait de l'introduire, il est moins vrai d'affirmer que les deux hommes se sont connus du côté de la rue Grenelle. Il est également erroné d'affirmer que Marcel Arland n'était pas aussi intéressé à la peinture qu'il le sera plus tard.

En fait, c'est chez leur ami commun, le peintre-graveur Démétrios Galanis que Marcel Arland et André Malraux se sont connus. Devenu depuis 1919 l'ami du le peintre graveur D.Galanis (19), le jeune Malraux allait souvent chez lui, à Montmartre. Et c'est chez cet artiste qui habitait et travaillait au 12 rue Cortot, que Malraux a fait la connaissance (20) de nombreux peintres, poètes, et amateurs d'art qui compteront beaucoup dans sa vie. Parmi ces nouvelles connaissances qu'il a faites chez Galanis se trouve Marcel Arland. Dans Ce fut ainsi, Marcel Arland, qui était lui aussi un grand amateur d'art, se rappelle avoir rencontré pour la première fois chez Galanis : " Je l'ai rencontré au début de 1921. Ce fut, il me semble, chez Galanis le graveur "(21) , écrit Marcel Arland. Naît alors une solide amitié entre Arland et Malraux qui prennent souvent l'habitude de venir ensemble chez le peintre. Sur le chemin du retour, il leur arrive de s'arrêter devant des galeries d'art pour admirer les œuvres exposées. Voici comment Arland évoque l'une de leurs promenades dans le Montmartre des années vingt : " Je me souviens ; c'était à l'une de nos premières rencontres ; quittant l'atelier de Galanis, nous avons fait quelques pas dans sa rue, puis dans une autre. Nous allions en promeneurs, quand soudain, ces yeux derrière une vitrine, ce visage, ce corps et cette pose… Un chat mais le plus étrange, dressé en sphinx, les yeux fixes, d'un vert sombre, presque durs, durement lucides, féminins pourtant jusque dans leur vision -leur menace. Nous sommes entrés et, comme nous aimions tous deux ce tableau, ce fut mon compagnon qui l'acheta :je le reçus. "(22) . Grâce à l'argent qu'il gagnait comme chineur pour le compte de René-Louis Doyon, et aux mensualités que lui versait son père, le jeune Malraux avait les moyens de faire des cadeaux à ses amis. Très reconnaissant à Malraux de ce geste d'amitié, Marcel Arland gardera sa vie durant cette toile à la quelle il finira par associer la personnalité profonde de son ami. Il écrit à ce sujet dans une adresse à son ami mort en novembre de l'année passée : " M'accompagnerez-vous, ami, dans la longueur de cet hiver ? Votre présence, je la trouve dans la pièce un peu sombre où j'écris ; elle est dans ce chat à figure de sphinge, qui de très haut me regarde, me devine et me juge en silence[…]" (23)

Nous voyons ainsi que leur amitié s'est placée dès le départ sous le double signe de l'art et du mystère de la condition humaine représentée par cette sphinge qui semble narguer tous les Oedipe. Les deux amis prennent l'habitude de visiter ensemble les musées et les galeries d'art. Dans l'hommage que la N.R.F (24). a rendu à Malraux en 1977, Marc Chagall, s'adressant à Arland écrit : " Vous rappelez-vous, Marcel Arland, votre visite à la Galerie Barbazange, en 1922, à mon retour de Russie soviétique ? Vous assistiez, avec un groupe de jeunes écrivains, accompagnés de Jean Paulhan et de Malraux. Vous regardiez mes tableaux. Vous donniez tous votre opinion. Seul Malraux regardait mais gardait un silence attentif " (25)

Outre ces visites, Marcel Arland et Malraux avaient également pris l'habitude en ces années vingt de se rencontrer " chaque semaine une ou deux fois l'après-midi " (26) au bar du Forum pour discuter de littérature et de peinture. En littérature, ils admiraient, à quelques différences près, les mêmes auteurs (27) : Gide, ce " contemporain capital " selon l'expression de Malraux, Claudel, Nietzsche, le poète de l'irrationalisme, et Pascal à qui Malraux devra le titre et la parabole de La Condition humaine. Quant à la peinture moderne, elle était leur principal sujet de discussion lors de ces de leurs rencontres habituelles au bar du Forum. Voici comment Marcel Arland évoque ces discussions qui les passionnaient : " Mais s'agissait-il de peinture, d'expositions de musées, de musées, d'art égyptien ou roman :nous en avions jusqu'à la nuit.

"Que pensez-vous de … ? "

C'était Chagall, Matisse ou Klee, Bonnard, Braque ou Picasso…ou de plus jeunes,André Masson par exemple que j'avais connu par Limbour (comme j'ai connu Dubuffet). " (28)

Est-ce au cours de ces débats que Malraux a confié à Marcel Arland qu'il " rêvait alors d'écrire une grande histoire de l'art plus que de publier des romans "(29) ? Ce commentaire de Jean Lacouture semble s'appuyer sur une information fournie par Marcel Arland que Lacouture a rencontré pour les besoins de son livre sur Malraux.

Quand en octobre 1921, Malraux se marie avec Clara Godschmidt, Arland craint pour son amitié avec Malraux. Mais ses craintes s'avèrent injustifiées, car Clara était une femme particulièrement intelligente qui a vite saisi le sens profond de ce qui unissait les deux hommes : " Quelle que fût son admiration pour le jeune et brillant épousé ,elle devinait bien que ce qui me plaisait en Malraux, ce n'était pas l'obsédant souci d'une figure, ni le goût d'étonner et de séduire , mais avant tout sa fièvre, son impérieuse révolte - et je crois qu'elle m'en savait gré "(30) .Malraux ne tarda pas à présenter son ami à son épouse, et n'hésita pas à l'inviter à son nouveau domicile, qui n'était rien d'autre que le second étage du chalet des Goldschmidt, à Auteuil (31). Clara, au départ distante et intriguée, finit par découvrir la personnalité attachante de Marcel Arland et par apprécier ses qualités morales et intellectuelles exceptionnelles. " Il devait se révéler par la suite le plus réel ami du couple que nous formions et de chacun de nous quand il se défit… "(32) , note-t-elle. Au cours de ses dialogues avec Arland, elle apprend que le jeune homme était un fervent admirateur de Limbour dont il sait d'ailleurs parler avec humour, comme en témoigne Clara : " Bien qu'il ne s'engageât pas absolument, un certain mode de mise en question l'attirait :le dadaïsme l'intéressait ; il aimait Limbour dont il me raconta qu'un jour, pour sortir de difficultés financières, il avait vendu des marrons chauds au coin d'une rue ; qu'une autre fois, dans un restaurant, ses voisins l'ayant empêché d'ouvrir une fenêtre, il s'était -logique dans son besoin de ne pas souffrir de la chaleur- mis à se déshabiller: on l'arrêta au pantalon. "(33)

Elle rapporte aussi que malgré quelques divergences apparues dans l'une de leurs discussions sur Poussin , "(34) [l]'entente entre Marcel et André, pour tout ce qui concernait l'art fut rapide. Ils mettaient dans la discussion une même ardeur, qui du côté du second s'entrecoupait parfois d'ironie. " Clara apporte également un témoignage précieux sur le terme " Farfelu " qui a surgi dans le feu de la conversation des deux hommes auquel Malraux fera un sort particulier dans son œuvre romanesque et esthétique : " Déjà le mot " farfelu " s'inscrivait dans [leur] vocabulaire ; quand je m'enquis de son origine il me fut répondu que ce mot apparaissait très tôt en français et qu'une racine commune le reliait au farfalla - papillon, de l'italien. "(35) . Ce qui a aussi retenu l' attention dans leurs entretiens, ce sont certains thèmes liés à la crise des valeurs de leur génération - crise que Marcel Arland baptisera le " nouveau mal du siècle "- et qu'évoquera plus tard Malraux dans ses essais et ses romans : " Déjà aussi, dans ces longs entretiens, les thèmes abordés étaient ceux que l'on retrouve dans les Noyers de l'Altenburg. Que faire dans un monde d'où Dieu a disparu ? Quelle justification de sa présence terrestre l'homme peut-il trouver par l'art ? Que vaut un homme (question à laquelle on sait quelle admirable réponse a donnée depuis celui qui la posa) ? Quel est le rôle de l'histoire ? Quel est le rôle des mythes dans l'aventure humaine ? Plus tard, quel est le rôle de l'action dans l'aventure individuelle ? Moments d'intensité qui, s'ils ne justifient pas la vie, la parent néanmoins d'un éclat merveilleux. Si j'intervenais peu au cours des discussions entre Marcel et mon compagnon, je me rattrapais amplement dès que nous nous retrouvions à deux " (36).

Devenu l'ami du couple, Marcel Arland accompagne Malraux et Clara au cours de leur séjour à Bruges, qui a eu lieu, en août 1922. A l'occasion de ce séjour, Malraux fait un saut à Ostende pour voir le peintre James Ensor, comme en témoigne Clara : " " Marcel fut des nôtre au cours de l'un de ces voyages à Bruges. Mon compagnon nous quitta pendant quelques heures pour faire un saut à Ostende et discuter avec le vieil Ensor de la possibilité qu'il illustrât je ne sais plus quel livre dont on envisageait la publication.

A son retour André nous raconta sa visite. Il nous décrivit ses tableaux - nous les aimions tous trois -, mais surtout il nous décrivit les petites sirènes que le vieillard lui avait montrées, corps de femmes de la longueur de deux mains rapprochées, aux seins justement proportionnées, émouvantes malgré la queue bifurquée qui les terminait. "(37) .

Ce voyage et cette visite sont confirmés par Arland qui écrit dans Ce fut ainsi : "Quelques voyages. Je me souviens de l'un d'eux, en Belgique, où André, nous laissant un matin à Bruges, se rendit à Ostende pour rencontrer James Ensor, et revint nous dire, d'une voix troublée, qu'il avait vu, de ses yeux,une petite sirène (je l'ai vue aussi, en 1952 ou en 1953, dans bocal) "(38) . Cette profonde amitié qui désormais lie les deux hommes, se manifestera par une conduite marquée par le soutien et la solidarité.

3- Soutien et solidarité : Marcel Arland a joué un rôle de première importance dans les débuts littéraires de Malraux. C'est lui qui " facilita l'entrée de Malraux à la NRF, et fut toujours un ami dévoué et sûr "(39) , écrit avec raison Jean René Bourrel. Arland avait signé son premier compte rendu (40) pour la NRF en avril 1922, où il avait présenté Etat civil de Pierre Drieu La Rochelle. La même année, il s'empresse d'introduire son ami Malraux dans le milieu de la NRF, malgré les réserves de Jacques Rivière (41). Malraux donne alors dans le numéro de juillet le compte rendu de l'Abbaye de Typhaine par le comte de Gobineau.

Jean-René Bourrel a précisé à ce sujet que de " juillet 1922 à décembre 1935, Malraux a donné dix-neuf comptes-rendus à la NRF, deux préfaces en pré-publication, deux articles polémiques, deux fragments d'essai sur l'Orient, trois critiques d'art. "(42) C'est dire le caractère décisif de cette entrée chez Gallimard favorisée par Marcel Arland. Malraux deviendra en 1928, directeur artistique chez Gallimard, dont il sera l'un des auteurs les plus importants dans la maison Gallimard.

Signalons également que cette amitié littéraire se manifeste aussi en 1923 quand Arland dédie son premier récit Terres étrangères à André Malraux. En 1924, Arland présentant deux extraits d'Ecrit pour une idole à trompe qui paraissent dans la revue Accords, évoque avec ferveur et perspicacité celui qu'il appelle " l'une des plus belles figures d'aujourd'hui ". La présentation commence ainsi : " Je ne puis parler de Malraux sans émotion "(43) . Et en 1935, il écrit à la NRF l'un des meilleurs articles qui aient été consacrées au nouveau roman que Malraux vient de publier chez Gallimard, sous le titre du Temps du mépris. Dans cet article, Arland évoque ainsi l'état d'esprit de la génération de Malraux qui est aussi la sienne : " Il n'est guère de générations qui soient apparues avec un pessimisme plus foncier que celle à laquelle appartient Malraux, à laquelle j'appartiens aussi. Mais la dernière limite du pessimisme est l'indifférence, et rien n'était indifférent à cette génération"(44) . Signalons que de longs passages de cet article sont repris dans Ce fut ainsi (45).

Le dévouement de Marcel Arland à Malraux allait être mis à l'épreuve en 1924. Il prendra alors la forme d'une indéfectible solidarité à l'occasion de l'affaire des temples d'Angkor.

En 1924, à la suite de l'arrestation d'André Malraux à Pnom Penh pour vol de statues des temples d'Angkor, Marcel Arland , dès qu'il prend connaissance de la nouvelle, s'empresse de venir au secours de son ami. En effet, aussitôt qu'elle arrive en France, Clara envoie un télégramme à Macel Arland pour lui communiquer la mauvaise nouvelle. Dans ces circonstances dramatiques, il est tout à fait significatif, que Clara, ait songé, après avoir avisé son beau-père, à Marcel Arland qui est de tous les amis de Malraux, celui sur lequel elle pense pouvoir réellement compter : " Un télégramme pour mon beau-père ; un télégramme pour Marcel Arland qui se trouve à Varennes , près de Langres". Touché par ce qui vient d'arriver à son ami, Marcel Arland entre en action, établit une stratégie et se donne comme objectif de mobiliser ses amis écrivains en faveur de Malraux. " Marcel Arland revenu à Paris le jour même où lui parvenait mon télégramme fit montre d'un dévouement qui le poussa à s'engager, un peu à la légère, quand Rivière lui demanda d'affirmer que notre entreprise n'était en rien vénale. Puis il se rendit à Pontigny où se tenait un décade et en revint tout alourdi de signatures, sans exigences d'aucune sorte"(46) , témoigne Clara. Pour toucher l'opinion, il écrit d'abord un plaidoyer en faveur de son ami qui paraît dans le Journal Littéraire où il dit notamment : " Tel est ce jeune homme, dont on voudrait faire un ambitieux sans cœur et sans scrupule. J'imagine que, Rimbaud quittant la France, on l'appelait aussi un aventurier sans cœur. Avant de juger de cette aventure , il est nécessaire de la comprendre .Nous demandons à tous ceux qui ont connu André Malraux de se joindre à nous , et de tout faire pour éviter qu'une condamnation vienne l'empêcher d'accomplir ce que nous sommes tous en droit d'attendre de lui. ".(47) Cet article suscita la réaction nuancée mais en définitive favorable de François Mauriac. Il avait écrit à Marcel Arland, en réponse à son article : " Je ne suis pas de ceux qui pensent que le génie donne tous les droits …Mais ce merveilleux garçon, André Malraux , que vous m'avez fait connaître, son aventure me paraît si littéraire , si rimbaldienne, que je frémis en songeant au prix qu'il va lui en coûter. Nous avons que personne n'a jamais résister à la prison il faut le sauver."(48) . Ensuite il tente de rallier à la cause de Malraux les participants au colloque de Pontigny comme il le rappelle lui-même dans Ce fut ainsi : " Il faut le sauver : je cours à Pontigny, où se tient une décade, où l'on m'accueille , où l'on m'écoute plaider une cause - celle d'un ami qui a pu commettre une imprudence, une bévue (je l'accorde volontiers), mais qui n'a pu agir bassement . Et voici que, de Gide, Mauriac et Maurois, à Paulhan, Jaloux, Rivière, Max Jacob Du Bos, Soupault, Aragon…, c'est une bonne douzaine de signatures que je rassemble, et qui seront câblées, jointes à d'autres, tandis que se déroule à Saigon le procès en appel"(49) . Le premier jugement fut alors cassé, et Malraux est condamné à un " an avec sursis "(50) , comme il le précise dans le télégramme qu'il envoie à Clara.

Mais l'année suivante Malraux retourne en Indochine où il crée un journal L'Indochine Enchaînée dont il veut faire le moyen d'émancipation des annamites. Dans une lettre qu'il écrit à Marcel Arland , il lui fait part de son intention de l'associer à sa nouvelle entreprise. Marcel Arland a repris dans Ce fut ainsi (51) un fragment de cette lettre où il est question du rôle que Malraux compte lui confier. " Quel rôle ? La direction du journal qu'il venait de fonder avec Monin ? Je ne sais plus ; je me demande si je l'ai jamais su. Je vivais alors au Montce, parmi des garçons que j'aimais bien, et dans un cadre où je pouvais me donner pleinement à mes livres. "(52) . Cette interrogation et cette évocation par Marcel Arland de sa vie de professeur et d'écrivain expriment ce qui le séparent de Malraux. Alors que son ami se jette dans l'action dont il attend le sens de sa vie, Arland s'attache à suivre cette Route obscure qui le conduit très loin dans l'exploration de son monde intérieur. C'est là que se situe la ligne infranchissable qui sépare Arland de Malraux.

4- Admiration respective et distance : La relation que Marcel Arland entretient avec Malraux est assez ambivalente. Elle est faite de communion dans l'art, d'une conscience aiguë du caractère tragique de la vie et de la nécessité de fonder l'homme à nouveau ; mais elle sous-tendue aussi par des différences essentielles sur lesquelles Marcel Arland insiste beaucoup.

Davantage homme de contemplation et de méditation, Marcel Arland était séduit par l'activisme de son ami, de son énergie débordante, de son goût pour l'action dont il attendait de remplir en lui ce vide profond laissé par le reflux des dieux, mais il ne partageait ni sa surestimation de l'action, ni sa tentation héroïque. Cette distance se manifeste à partir de la seconde aventure indochinoise de Malraux. A propos de cet épisode Arland écrit : " Et sans aucun doute, j'admirais chez Malraux ce goût de l'aventure, de la conquête de la puissance ; goût forcené et généreux qui convenait à sa figure, à son destin. Mais je me disais en même temps que l'aventure est d'abord en nous , et que tous les chemins et songes de la terr ne lui apportent qu'un décor - parfois un oubli."(53)

Dans Ce fut ainsi, Arland évoque certains dialogues qu'il a eus avec Malraux immédiatement après la guerre , puis à l'époque où son ami était Ministre du général de Gaulle. Ce sont des dialogues quasi sophocléens où s'affrontent deux conceptions du monde, l'une privilégiant l'action et la conquête par l'homme de son propre destin, et l'autre invitant à la contemplation et à la quête spirituelle. Voici à titre d'exemple un fragment de ces dialogues :

" - N'avez- vous jamais rêvé que vous auriez pu avoir un autre destin ?

- Quel autre ?…Je ne sais pas. " Il me presse :

- " Oui, quel autre ? "

Et je réponds, à demi sérieux :

" Peut-être celui d'un saint. C'est en tout cas celui que je souhaiterais si je n'étais écrivain. "

Il sourit :

" Nous en reparlerons. Adieu.

- Bonne chance. " (54)

Malgré donc les affinités électives qu'il avait avec Malraux, Arland demeurait attentif à toutes les différences qui le séparent de lui, et qui n'étaient pas que sociales .(55) En effet comme l'a déjà relevé Jean-René Bourrel, " leur amitié masque mal des oppositions fondamentales. Chez Arland, l'extrême attention au trouble intérieur et aux angoisses secrètes, l'obsession affreuse de la nuit qui ombre fatalement la vie, le goût pour un classicisme fait de mesure et de retenue sont autant de traits caractéristiques d'une personnalité bien différente de celle de Malraux, et l'on comprend que Paulhan ait pu s'étonner que les deux hommes fussent amis. "(56)

Alors que Marcel Arland voudrait s'attacher à l'exploration du monde intérieur et tenter d'établir un accord entre l'être et les choses, Malraux, rejetant toute intériorité, cherche à se réaliser dans le monde extérieur, à le soumettre à sa volonté tendue, à le détruire par une inlassable interrogation. Opposant la conception morale et esthétique à la sienne, Arland écrit : " Ce que Malraux attendait, c'était d'aller le plus loin possible, par l'action comme par la pensée. Je ne mettais d'espoir que dans l'écriture, qui se confondait avec l'amour avec la vie, et qui seule pouvait m'apporter une délivrance, un salut provisoire." (57)

Mais le fait que ces deux hommes si différents, aient pu entretenir une aussi profonde amitié, est à l'honneur de l'un et de l'autre. Dans les Archives Malraux à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, on trouve cette lettre qui témoigne de l'amitié profonde que Malraux portait à Marcel Arland : "

Monsieur Marcel Arland Le 30 mai 1949

à Brinville

par Ponthierry

Avec ou sans problèmes de Rouault, on pourrait peut-être se revoir ? Est-ce que vous venez toujours le mercredi mettre en ordre la littérature française (à ce sujet j'espère que l'ingérence de l'Art brut dans la maison Gallimard conduira lentement, mais sûrement la dite maison dans la plus dangereuse direction) ? Si oui, prévenez-moi ; on pourrait s'arranger soit ce mercredi, soit le prochain. […] Bien amicalement

André Malraux. "

Je voudrais terminer cette étude par un rappel de ce que Jean-René Bourrel a répondu en 1986, à une question qui portait sur la relation de Malraux avec Arland et où on laissait entendre Malraux n'a pas eu autant d'amitié pour Arland : " Je crois que Malraux a toute sa vie durant été très sensible aux amis qui ne lui ont pas fait défaut. A la fin de sa vie, il n'y avait pas foule et Arland était quand même de ceux-là . Pour les amis de la première époque, ceux de ses débuts littéraires, ainsi que tous ceux qui sont intervenus en sa faveur en 1924, Malraux n'a jamais oublié ce qu'ils avaient fait et, jusqu'à la fin, il a été conscient d'être redevable à Arland de beaucoup de choses… En retour, Arland a eu une amitié indéfectible pour Malraux, ceci jusqu'à la fin de sa vie. On a même pu avancer que le départ de Arland, de la N.R.F. , aurait été provoqué par " le piètre hommage qui a été rendu à Malraux après sa mort. "(58)

Moncef KHEMIRI Faculté des Lettres -La Manouba Université de TunisI

1-" …j'avais toujours été sauvage, exigeant, blessé d'un rien ", écrit Marcel Arland dans Ce fut ainsi, Gallimard, 1979, p.25 2- Marcel Arland, que l'on a pu définir comme un " éternel promeneur solitaire sur les chemins de l'ombre ", a pu déclarer à propos de la souffrance qui l'habite: "On ne choisit pas sa blessure. Elle naît au monde avec nous, mais de plus loin, et il me semble, de plus haut. Nous n'avons qu'à l'assumer ." Témoin, aussi, ce mot sur Gide: " Il m'est difficile de l'aimer, parce qu'il n'a pas connu la souffrance." Cité dans l'article Marcel Arland, in Encyclopédia Universalis. Version 1998.

3-Ce fut ains, Gallimard, 1979, p.23 -

4- Lettre citée par l'auteur.

5- Ibid., p. 47. - Ibid., p .77.

6- Arland présente dans Ce fut ainsi les lettres dans lesquelles Chardonne s'explique en particulier sur son admiration de l'Allemagne nazie et relate des épisodes qui illustrent la misogynie de l'écrivain, misogynie d'autant plus insupportable qu'elle avait pour objet une épouse si douce et si tendre. Cf. op. cit.,p.206-207 et p.210-211.

4- Ibid. , p. 202.

8- Ibid., p. 204.

9- Idem.

10-Ibid., p.222.

11-Ibid., p.65 et 68.

12-Ibid.,p.68.

13-Ibid.,p.43.

14-Ibid.,p.43.

15-Ibid.,p.44

16-Ibid.,p.42.

17-Ibid.,p.44.

18-Clara Malraux, Le Bruit de nos pas, Grasset, p.238-239

19- Démétrios Galanis, ce peintre et graveur d'origine grecque fut pour lui " un véritable ami" écrit Vandegans." [...] Né à Athènes, de dix neuf ans, l'aîné de Malraux, [il] vint à Paris vers 1900 et entra à l'école des Beaux-Arts où il ne s'attarda guère. Il exposa aux salons d'automne, aux Humoristes et aux Indépendants. Son œuvre peint n'est pas très abondant (La Fenêtre Ouverte, La Pinède, Route de Cassis à la Ciotat, Effet de neige à Montmartre, etc.), mais Galanis orna un grand nombre de livres, et c'est comme illustrateur qu'il atteignit la réputation, note encore le critique." Malraux a dû connaître aussi bien les toiles que les gravures de cet artiste car, vers la fin de la guerre, mû par un profond enthousiasme, il court chez le peintre pour lui exprimer son admiration. Dans le second numéro de la revue Mélanges Malraux Miscellany, Walter Langlois a évoqué les circonstances dans lesquelles l'auteur est entré en contact avec Galanis. Il y écrit notamment: "Le peintre franco-grec Galanis a été l'un des tout premiers enthousiasmes artistiques de Malraux. Comme le rappelle Madame Galanis, c'est peu après la fin de la guerre que se présenta à son modeste appartement de Montmartre un jeune homme éloquent qui demandait à voir son mari. Celui-ci n'étant pas encore démobilisé, Madame Galanis invita le jeune homme, qui se présenta à elle sous le nom d'André Malraux, à entrer et à discuter avec elle. Elle écouta avec intérêt le jeune homme exposant dans un déluge verbal ses théories esthétiques et son admiration pour les peintures et les gravures de Galanis (dont il possédait apparemment un certain nombre). Ce premier contact se transforma en une chaleureuse amitié après le retour de Galanis à Paris, amitié qui traversa les années et culmina dans l'exposition organisée à la Bibliothèque Nationale, en 1963, sur l'initiative du Ministre de la culture, peu de temps avant la mort du peintre." Mais bien avant cet hommage de 1963, Malraux a exprimé la vive estime où il tenait le peintre en lui consacrant un texte de grande qualité. En mars 1922, l'auteur écrit une assez longue préface pour le catalogue de l'exposition de Galanis où il souligne la pureté et la composition très élaborée des œuvres du peintre qu'il rapproche des primitifs italiens.

20-" Dès la fin de 1919, Malraux était devenu un familier de la vieille maison voisine de celle de Pierre Reverdy, rue Cortot - où il fit, entre autres connaissances, celle de Marcel Arland ", écrit Jean Lacouture dans André Malraux une vie dans le siècle, Seuil, 1973,p.27.

21-Ibid.,p.23

22- Ibid.,p. Ce fut ainsi, p.23 et 27

23- Ibid., p.68.

24- Pourquoi Marcel Arland n'a-t-il pas participé à cet hommage ? Est-ce parce qu'il venait de quitter la direction de la N.R.F ? Ou bien est-ce parce qu'il n'était pas d'accord sur la forme et l'ampleur de cet hommage ? Une photographie d'une lettre de Malraux à Chagall y figure pourtant.

25-Marc Chagall, " Comme un feu", La Nouvelle Revue Française, n°295, juillet, 1977, p.7-8.

26-Ce fut ainsi, p.27.

27-CF. p.28.

28-Ibid., p.29

29-Jan Lacouture, op.cit.,p.29.

30-Ibid.,p.31.

31-" Nos jeunes époux avaient élu domicile chez les parents de Clara, dans un chalet d'Auteuil. En attendant mieux, bien sûr ; mais déjà, ce lieu d'attente, ils l'avaient marqué de leur empreinte :livres, albums et tableaux, objets singuliers ,statues, exotisme du jour ou du lendemain, dans un décor qui me parut tout ensemble audacieux et funèbre ",écrit Marcel Arland. Op. cit., p.31.

32-Clara Malraux ,Op.cit., p.238.

33-Idem.

34-" Parfois accrochage sur un point précis : Marcel, par exemple aime Poussin, mon compagnon ne veut voir en lui - comme en Racine d'ailleurs- que la parfaite illustration d'une époque, opinion sur laquelle il reviendra du moins en ce qui le peintre, quand en URSS, il se trouvera devant son grand cheval blanc. " Ibid., p.239.

35-Idem.

36-Clara Malraux, Le Bruit de nos pas, Grasset, p.238-239.

37-Ibid., p.264.

38-Ce fut ainsi,p.31-32

39- Jean-René Bourrel, " Malraux et le milieu de la N.R.F ", in André Malraux, l'homme des univers, Le comité National André Malraux,1989,p 97.

40-Cf. Marcel Arland , " Etat civil par Pierre Drieu La Rochelle ",NRF, avril 1922,p.491-495.

41- " Vers 1922 commencent nos rapports avec la NRF , encore dirigée par Rivière, qui semblait ne pas goûter exagérément le brillant peu agressif de mon compagnon, à qui il refusa quelques proses, prétextant qu'un jour, quand leur auteur aurait à son actif des œuvres de poids, il regretterait d'avoir livré au public ce qui n'était que fantaisie sans conséquence ! ". Clara Malraux,Op.Cit. p.238.

42-Ibid.p.95.

43-Accords, octobre- novembre, 1924.

44-Marcel Arland, N.R .F. , juillet 1935.

45-Cf. Ce fut ainsi, p.51-52.

46-Clara Malraux, Op.cit., p ;364

47-Marcel Arland, Ce fut ainsi, p .35.

48- Idem.

49-Idem.

50-Ibid., p.36.

51-Ibid., p.39

52-Idem.

53-Ibid.,p.39.

54- Ibid.,p.57 .

55" Regardez ces deux amis : là un élégant jeune homme, aux trais fin, averti d'usages et de façons,voire légèrement précieux, garçon de bonne famille sans nul doute […]Devant lui un garçon de Varennes ( des hauteurs de Varennes), fils d'un jeune mort sans fortune et petit-fils par la veuve de vrais paysans ".Ibid., p.25-26

56- Jean-René Bourrel, " Malraux et le milieu de la N.R.F ", in André Malraux, l'homme des univers, Le comité National André Malraux, 1989,p 97.

57- Ce fut ainsi, p.29

58- Jean-René Bourrel, " Malraux et le milieu de la N.R.F ", in André Malraux, l'homme des univers, Le comité National André Malraux,1989,p 104.

 

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