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Anissa BENZAKOUR CHAMI
« De Gaulle à la croisée des chemins »
-----Portrait du personnage -----Dans Les chênes qu’on abat, petit livre qui fait partie du second tome de Antimémoires, Malraux rapporte sa dernière conversation avec le général retiré à Colombey. Pour cet écrivain qui si assidûment – j’allais dire fréquenté – interrogé le Destin, le projet initial consistait à fixer pour la postérité cette conversation entre deux monstres sacrés, l’un dans l’écriture vécue, et l’autre dans l’Histoire de la France. Puis Malraux se décida à publier de son vivant ce texte tout à fait cohérent, malgré son apparence décousue, cherchant à recréer à travers cet entretien un de Gaulle dans l’Histoire et hors de l’Histoire , un homme et non pas une photographie, pas davantage « un modèle imaginaire ». Au-delà d’une conversation à bâtons rompus, l’important était de braquer l’éclairage sur « une volonté qui tint à bout de bras la France » (CA, 11). -----Il faudrait être habitué
à l’écriture malrucienne pour savoir se contenter
d’un ou de deux traits amplifiés en guise de portrait. Dès
la première esquisse, ce qui ressort, c’est la « haute
taille du général », avec cette précision :
« un peu courbée maintenant », mais qui ne domine pas
moins la petite pièce où la rencontre des deux hommes a
lieu. -----« Il parlait avec une énergie
invulnérable » (ibidem), remarque Malraux, ajoutant ainsi
une nouvelle touche à son personnage, confirmant cette image d’homme
puissant que nous avons déjà commencé à entrevoir.
« Il n’est à l’aise que lorsqu’il dit non
», nous confie Malraux, visant le refus permanent de de Gaulle de
céder devant l’ennemi ou devant l’adversité,
qu’il s’agisse des années quarante ou de la fin des
années cinquante. -----De Gaulle ne manque pas d’humour, reconnaît l’auteur : « Au fond, vous savez, dit le premier, mon seul rival international, c’est Tintin. Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands. On ne s’en aperçoit pas à cause de ma taille. » (CA, 37). -----Une anecdote rapportée par M. Larbi Lamrani montre qu’il est lui aussi sensible à l’humour gaullien. Il relate comment de Gaulle, forcé de recevoir une délégation, l’a fait venir dans un salon, a ouvert la porte et a dit : « Bonjour messieurs et au revoir messieurs ». -----Portrait à distance -----En dégageant la portrait de
de Gaulle tel qu’il ressort des témoignages marocains, nous
remarquons bien des points communs avec la perception malrucienne. Une
différence à souligner toutefois : les Marocains ne parlent
pas du physique du général. Naturellement, cela s’explique
par le fait que rares sont les gens qui peuvent prétendre avoir
été en termes intimes avec le général. Ce
côté distant dont on lui a d’ailleurs souvent tenu
rigueur n’y engageait guère. Malraux lui-même en convient
: « L’intimité avec lui, ce n’est pas de parler
de lui, sujet tabou, mais de la France. » (CA, 25). Ceci nous rappelle
que Malraux montre la même pudeur quand il s’agit de sa vie
privée. « Le comment allez-vous est à la limite de
l’indiscrétion », avait déclaré une journaliste.
Ce n’était pas une boutade. -----De Gaulle s’est révélé un lutteur acharné quand il a fallu défendre son pays agonisant sous les coups cruels de l’ennemi nazi : « il est le grand Maître de l’Ordre de la France. Parce qu’il l’a assumée, s’interroge Malraux ? Parce qu’il a pendant tant d’années dressé à bout de bras son cadavre, en faisant croire au monde qu’elle était vivante ? » (CA, 151). -----Alors qu’aux yeux du monde et de l’Afrique, de Gaulle s’impose comme une personnalité formidable pour son pays, son vieux compagnon de route nous propose la vision du combattant et de l’écrivain désenchanté. L’élément spatio-temporel s’avère un paramètre essentiel dans ces perceptions. -----Le général de Gaulle,
affirme un de nos grands résistants, M. Abdallah Layachi, est un
rebelle qui s’est insurgé contre le gouvernement de Vichy
et contre son ancien chef hiérarchique, le maréchal Pétain.
Alors qu’il est dans une situation désespérée,
qu’il n’est pas reconnu par l’Amérique, rapporte
M. Larbi Lamrani, de Gaulle relève fièrement la tête
et réussit le coup de maître, en plaçant la France
vaincue parmi les Alliés, tenant tête à Churchill,
à Roosevelt et à Staline, notamment en refusant de reconnaître
le gouvernement installé en Pologne par la Russie. -----La grandeur, la France, la liberté -----Malraux nous propose son acception de la grandeur associée à de Gaulle : « Le mot grandeur, dit-il, que le général a si souvent employé, et que les autres ont si souvent repris pour ou contre lui, a fini par signifier à la fois le faste et une expression théâtrale de l’Histoire (…). Or, ajoute Malraux, l’idée de la grandeur du général est inséparable de l’austérité (…) inséparable de l’indépendance. » (CA, 32). L’écrivain a ici l’occasion de vérifier ce qu’il appelle la métamorphose. C’est une transformation totale que subit l’idée de grandeur, l’austérité s’opposant complètement au faste. -----Ce qu’il faudrait immédiatement souligner, c’est que cette aspiration quasi obsédante de de Gaulle à la grandeur est inséparable de la France. L’attachement de de Gaulle pour la France, sans considération aucune pour lui-même ou pour son entourage est un fait qui remporte l’unanimité : « je crois, dit Malraux, que la France a toujours été moins simple dans son cœur que la princesse de légende dont il parle. C’est elle qu’il a épousée, avant Yvonne Vendroux. » (CA, 20). Si l’écrivain romantise la relation entre de Gaulle et la France, les témoins marocains, eux, s’attachent davantage aux retombées qu’entraîne une telle attitude pour leur propre pays. La grandeur de la France se confondrait avec celle de de Gaulle, et se réaliserait au détriment de colonies. En effet, voici l’analyse faite à ce propos par M. Mustafa Bouaziz, un jeune historien marocain : « De Gaulle était un homme d’Etat, donc un homme politique qui prenait en considération la mouvance qu’il représentait – il représentait une opinion générale en France – c’était la tendance politique du centre droit, majoritaire à l’époque, malgré l’opposition du Parti Communiste sortant de la résistance. Que ce soit cette mouvance, le centre droit ou le Parti Communiste, aucun d’eux n’était prêt à sacrifier les colonies de la France, donc, de Gaulle, en tant que chef de ce mouvement, ne pensait pas à l’époque que ces pays-là pourraient avoir une indépendance, surtout quand cette indépendance était souhaitée par les Etats-Unis. Ainsi, pour la grandeur de la France, il cherchait les moyens pour maintenir ces pays-là dans la zone d’influence française. ». Pourtant, le général avait confié à Malraux : « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté des autres. » (CA,88). -----Avec du recul, les paroles de de Gaulle s’avèrent justes, car la France a toujours opté pour l’autonomie des peuples, notamment pour les peuples d’Afrique. C’est tout de même lui qui a donné le choix aux Algériens, malgré les nombreux ennemis qu’il s’était faits. -----Le tout est une question d’angle de vision. Ainsi, on comprend facilement qu’un de nos résistants perçoive la survie de la grandeur de la France par le maintien de l’Empire colonial comme du chauvinisme. Cependant, ne faut-il pas nuancer son jugement quand il déclare que « de Gaulle était le représentant de la grande bourgeoisie française, et de l’idée que se faisait cette dernière de la grandeur française ». Une idée de toute évidence proche du « faste » évoqué plus haut par Malraux. Ainsi, s’expliqueraient, selon M. Layachi, l’ambiguïté et les contradictions qui ont souvent caractérisé le comportement de de Gaulle à l’égard du problème colonial. -----S’il est juste que de Gaulle épousait les idées du milieu dans lequel il évoluait, il n’est est pas moins vrai que les lourdes responsabilités qu’il a dû assumer en 1940, puis en 1958, lui ont certainement donné une vision autrement plus large et plus objective de la notion de grandeur. -----Il s’agit à présent de s’interroger sur la façon dont le général de Gaulle concevait la liberté des peuples. Car, pendant la seconde guerre mondiale, la liberté était devenue le symbole de la lutte pour tous les peuples, y compris pour les anciens colonisés. La Grande Bretagne et les Etats-Unis avaient alors signé en août 1941 la Charte de l’Atlantique qui proclame « le droit pour chaque peuple de choisir la forme de gouvernement sous lequel il doit vivre ». Les signataires s’étaient engagés à « ce que soient rendus les droits souverains et l’exercice de gouvernement à ceux qui en ont été privés par la force ». -----Quelle attitude de Gaulle adopte-t-il lors de la Conférence de Brazzaville tenue le 30 janvier 1994 ? Selon M. Abdallah Layachi, celui-ci a bien évoqué les problèmes de colonies africaines, mais il était surtout attaché à la souveraineté française. Or, juste avant cette conférence, s’étaient déroulées les manifestations de janvier 1944 (des émeutes) au Maroc, et plus tard, les manifestations de mai 1945 en Algérie. On sait avec quelle violence ces manifestations ont été réprimées, témoigne M. Layachi, pour avoir vécu – et payé de sa chair – ces moments tragiques. -----Pourquoi de Gaulle avait-il demandé au roi Mohamed V de différer le moment de l’indépendance du Maroc, alors qu’il venait de le décorer comme Compagnon de la Libération ? Voici l’interprétation faite de M. Bouaziz : C’était, nous dit-il, « une façon subtile et intelligente de dire aux Marocains et au Sultan, vous êtes un petit pays, et même si on vous donnait l’indépendance, vous auriez toujours besoin d’un pays fort, et ce pays fort dans le contexte international ne pouvait être la France. Dans l’esprit de de Gaulle, c’étaient les grands et les petits. Pour les grands, la liberté est totale et la grandeur de la France y renvoie. Pour les petits, ils ne peuvent qu’être dépendants. » -----Aux yeux de M. Aït Idder Bensaïd, un des chefs du Mouvement de la libération marocaine, de Gaulle était forcé de donner leur indépendance à ces peuples, car le véritable enjeu c’était la sauvegarde des intérêts économiques de la France. -----Ce qui est certain, c’est que de Gaulle s’était d’abord attaché à l’indépendance de la France, y compris à l’égard des Alliés pendant la guerre, alors qu’il avait besoin d’eux. C’est en ce sens qu’on peut dire que la grandeur de de Gaulle se confond avec celle de la France. Il valorisait aux yeux des Alliés « le rôle de la France. Non seulement, elle devait se libérer, mais elle devait jouer son rôle spécifique dans la lutte générale contre le nazisme. Pour cela, les Alliés devaient respecter l’indépendance et l’intégrité de la France. De Gaulle ne s’est subordonné ni à l’Angleterre, ni à l’Amérique. Il collaborait avec les Alliés pour la grandeur de l’Occident, mais en maintenant la France en bonne place. » -----Malraux évoque à son tour l’intérêt de de Gaulle pour une France prestigieuse : « Il a rétabli la France qu’avaient aimée jadis tant de nations, et non un France über alles. » (CA, 39). L’écrivain entend supprimer toute équivoque quant à l’action du général. L’expression allemande renvoie naturellement à Hitler et au nazisme. -----De Gaulle ne transige pas avec la place de la France, c’est là un fait que tout un chacun finit par admettre. Les témoignages marocains en vérifient l’assise : « De Gaulle connaît son histoire, il sait ce qu’est la France, et rien d’autre ne compte pour lui que la France et la place de la France. Ni l’amitié, ni aucune autre qualité humaine ne venait interférer avec », déclare M. Lamrani. -----Parfois, le témoignage culmine en une envolée lyrique, laissant entrevoir une sincère admiration : « Il est tout de même admirable de trouver un homme qui place l’intérêt de sa nation au-dessus de tout, un homme qui ne rêve de rien quand il s’agit de son pays, de sa grandeur et de la place qu’il doit occuper dans le monde. » -----Au cours de leur discussion, de Gaulle avait fait à Malraux cette déclaration énergique : « Nous allons rétablir les institutions, rassembler autour de nous ce qui s’est appelé l’Empire, et rendre à la France sa noblesse et son rang. » (CA, 18). -----« Ne marchandons pas avec la grandeur » (CA, 69), dira à la manière d’une boutade le général, mais n’en pensant pas moins quand l’enjeu n’est autre que la France. C’est ce genre de petite phrase qui permet de fixer le personnage malrucien. En effet, si le port altier associé au geste large et au verbe éloquent renvoient à la figure familière des média, Malraux, lui, s’attache au détail, il fignole et nous introduit presque par inadvertance dans l’intimité du général. La grandeur de la France, de Gaulle la découvre de façon quelque peu insolite devant le tombeau de Napoléon : « Où avons-nous vu la foule ressentir davantage le frisson de la grandeur ? » confie-t-il à Malraux. (CA, 72). -----De Gaulle et la France : un lien viscéral -----De Gaulle a décidé d’être la France et il l’est devenu envers et contre tous, voire contre lui-même. Il a payé de sa personne pour cette reconnaissance. Ce nouvel état civil ne renvoie pas à une simple question d’orgueil, mais renvoie davantage à cet amour quasi mystique que portait le général pour la France : « Lorsqu’il parle aux Assemblées de Grande Bretagne ou des Etats-Unis, il parle comme la France », dira Malraux. (CA, 38). Puis l’écrivain utilise cette image insolite : « Il portait la France en lui. » (Ibidem). C’est une relation viscérale que celle qui l’unit à la France. -----Quand le général de Gaulle réplique à un de ses pairs : « Mettez-vous solidement une chose dans la tête : on ne défend pas la France contre de Gaulle » (CA, 30), il souligne ce lien de frère d’arme qui l’unit à sa patrie : la France et de Gaulle font un et deviennent alors indissociables. -----Aux yeux de M. Larbi Lamrani, la France occupe toute la place dans la vie de de Gaulle : « Chez lui, dit-il, c’est toujours l’intérêt de la France même quand il se trouve sur le plan humain ». D’où son attitude intransigeante devant des cas comme celui de Pucheu ou de Pétain. -----« Son action, reconnaît Malraux, ne vient pas des résultats qu’il atteint, mais des rêves qu’il incarne et qui lui préexistent. » (CA, 40). Auparavant, l’écrivain avoue n’avoir pas toujours réussi à cerner la personnalité de son vieux compagnon, ni cette relation singulière qu’il entretenait avec la France : « je lui ai dit que sa France n’était pas rationnelle, mais il ne l’était pas non plus. Certes, il y a dans son prestige maints éléments rationnels : il a été le libérateur, le solitaire vainqueur, l’intraitable, la résurrection de l’énergie nationale, et par conséquent de l’espoir même en 1958. » (CA, 38). Propos qui trouvent un écho dans les paroles curieusement humbles du général : « J’ai rétabli la France parce que j’ai rétabli l’espoir du monde en la France. » (CA, 123). -----Pourtant, le lien de de Gaulle avec la France est également tissé de doutes et de désespoir : « Dans la guerre et dans la paix, la France est l’enjeu. A plusieurs reprises, il l’a faite contre la majorité des Français. Il en éprouve une secrète et amère fierté. Espère-t-il que la prospérité comprendra, est-il maintenant au-delà de cet espoir et des autres ? » (CA, 29). -----Dans la mémoire du Maghrébin, le nom de de Gaulle est surtout lié à la fin de la guerre d’Algérie. Selon M. Mohamed Bouamrani, un des signataires de Manifeste de l’Indépendance, « de Gaulle a pris une position courageuse par rapport à l’Algérie, contre les Français d’Algérie et contre les militaires, contre Salan et tous ceux qui refusaient l’indépendance de l’Algérie ». L’écrivain apporte son propre témoignage, soulignant le déchirement du grand homme, forcé de faire un choix désespéré : « Ce jour-là, il a choisi l’âme de la France contre tout le reste, et d’abord contre lui-même. » (CA, 69). -----Commentant le « je vous ai compris », M. Lamrani souligne à son tour le déchirement ressenti par le général de Gaulle à l’idée de cette séparation. Il faudrait presque retourner l’expression en : « Comprenez-moi et laissez-moi m’occuper de la France et de son intérêt. » -----Evoquant son rapport avec la France, de Gaulle parle en termes de contrat, mais il s’agit d’un contrat particulier : « Le contrat a été rompu, confie-t-il à l’écrivain. Alors, ce n’est plus la peine. Le contrat était capital parce qu’il n’avait pas de forme. Il n’en a jamais eu. C’est sans droit héréditaire, sans référendum, sans rien, que j’ai été conduit à prendre en charge la défense de la France et son destin. J’ai répondu à son appel impératif et muet (…) (CA, 19). -----C’est avec un désespoir tranquille qu’il décrit son action : « j’ai tenté de dresser la France contre la fin d’un monde. Ai-je échoué, dit-il ? (CA, 145). Puis cet aveu d’impuissance : « le pays a choisi le cancer. Qu’y pouvais-je ? » (CA, 31). -----Incarnant un des derniers géants de l’histoire, le personnage malrucien ressent avec acuité son destin d’individu mortel face au cosmos éternel : « j’ai la trouble sensation d’émerger du néant en face de cette neige qui reviendra inépuisablement sur la terre. » (CA, 42). Nous retrouvons dans cette terrible confrontation une des constantes de Malraux : le questionnement métaphysique. -----L’homme fondamental ou le rapport à l’histoire -----Le général de Gaulle consacré par l’Histoire ressemble d’une certaine façon à l’homme fondamental prôné par Malraux dans Les Noyers de l’Altenburg. L’homme est un mystère profond, surprenant, un être capable d’opposer au destin sa volonté d’être soi-même. La perception du mystère de l’homme apporte la donnée qui permet de « fonder la notion de l’homme ». Aux yeux du général, « l’Histoire ne consiste pas qu’à délivrer. Elle est l’affrontement. Avec l’ennemi. Avec le destin. » (CA, 126). Ainsi, le rapport du général à l’histoire se situe au niveau de l’action rappelant l’itinéraire des premiers héros malruciens. D’ailleurs, Malraux dira : « le héros de l’histoire est le frère du héros du roman. » (CA, 40). -----L’écrivain est fasciné par le destin du grand homme : « Rien de plus mystérieux, dit-il, que la métamorphose d’une biographie historique en vie légendaire, mon général », lui disait-il. (CA, 76). Malraux analyse de la même façon le rapport qui s’instaure avec les foules : « Pour toutes ces foules qui acclamaient le général, celui-ci représentait « la réincarnation de leur propres héros ». A partir du moment où il rentre dans la légende, l’homme échappe au destin. C’est ce que toute sa vie durant, Malraux – à la fois l’écrivain et le combattant – a tenté de réaliser. -----De Gaulle, quant à lui, n’a pas cessé d’être jugé par l’Histoire. A l’heure actuelle, on assiste à un retournement spectaculaire de l’opinion publique française en faveur de de Gaulle et de ce qu’il a représenté, constate M. Jamal Bouamrani qui regrette que ce dernier ne soit pas là pour s’en réjouir. -----Conclusion -----L’idée de rapprocher la perception d’un écrivain français de celle de témoins marocains pour brosser le portrait du général de Gaulle trouve sa justification à la fois dans les convergences et dans les différences des prises de position. Ajoutons que la confrontation des points de vue par le biais de la comparaison est une attitude chère à l’auteur : « Nous ne pouvons sentir que par comparaison, écrivait déjà Malraux dans sa préface à l’œuvre du peintre Galanis, en 1922. Le génie grec sera mieux compris par l’opposition d’une statue grecque à une statue égyptienne ou asiatique que par la connaissance de cent statues grecques », ajoutait-il. Cette réflexion de Malraux trouve un écho dans les paroles de M. Larbi Lamrani quand il rapporte : « Rendez-vous compte que lorsque moi marocain, je parle avec des Français, ils disent : « il parle comme mon oncle. » L’âge nous rapproche, nous avons la même façon de nous exprimer. » -----Pour notre part, le consensus s’est
établi sur le grand homme et sur son destin peu commun. Le fait
que la grandeur de la France ne coïncide pas forcément, et
dans le même moment, aux idéaux des autres peuples, n’ôte
rien à l’action héroïque du général
: pour la France, pour son peuple, il a incarné l’homme de
l’espoir, l’homme de la liberté. Son lien avec la France
que nous avons qualifié de viscéral – elle était
à la fois son épouse et sa maîtresse, sa mère
et son enfant – explicite l’acharnement avec lequel il s’est
-----Au-delà des conflits et des intérêts des nations, des hommes témoignent et leurs voix viriles s’élèvent dans une même clameur pour rendre hommage à un de leurs semblables qui a su dire non à l’humiliation et à la dépendance. Toutes ces voix fusionnent, instaurant dans le même élan le dialogue avec le lyrisme contenu de l’écrivain.
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