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La
récente biographie qu’Olivier Todd a consacrée à
Malraux(1) a rencontré en France
et dans les pays francophones un accueil critique, plus exactement médiatique
(tant, précisément, la réception a manqué
de recul critique) hors du commun. En France, la plupart des suppléments
littéraires des grands quotidiens (Libération, Le Figaro,
Le Monde) comme des hebdomadaires d’information (Le Nouvel Observateur,
L’Express, Le Point, Marianne), et jusqu’à la sacro-sainte
et désormais feue émission de télévision Bouillon
de culture de Bernard Pivot, lui ont consacré couvertures, articles
de première page, dossiers ou émission spéciale.
C’était, en général, pour se féliciter
d’une opération de démystification réussie
et saluer les révélations (pourtant minces) sur les mensonges,
inventions et délires mythomaniaques de l’écrivain
panthéonisé en 1996 — sans que l’on prenne trop
la peine, ni de mesurer l’apport réel du travail du biographe
après les livres de Robert Payne, Jean Lacouture ou Curtis Cate(2)
, ni de relever les nombreuses erreurs, insinuations, ou manipulations
qui émaillent le livre. Bref, tout s’est passé comme
si l’ouvrage de Todd levait un tabou, et permettait qu’enfin
et au grand jour éclate une imposture : l’imposture d’un
faux grand homme, dont les rendez-vous réguliers avec l’Histoire
auraient été autant de fiascos, et surtout d’un faux
grand écrivain, dont la création serait surestimée.
Car les griefs de Todd envers Malraux ne s’arrêtent ni à
l’homme, ni même à l’homme politique : ils touchent
à l’œuvre même, dont ne subsistent, au terme de
la biographie, que pochades d’adolescent, romans au mieux à
demi ratés, écrits sur l’art amphigouriques et mémoires,
fussent-elles Antimémoires, falsifiées.
À cet obstiné
déboulonnage, il s’est trouvé bien peu de voix pour
répondre en dehors de l’étroit cercle des spécialistes,
forcément suspect de partialité. C’est que l’opération
a trouvé dans le milieu intellectuel et universitaire un terrain
d’avance favorable : la figure de Malraux, celle de l’écrivain
comme celle de l’homme, y jouit, au moins depuis la mort de l’auteur
en 1976, d’une singulière désaffection.
A celui qui voudrait
comprendre les raisons d’une révulsion si constante, il a
semblé que les quelques propos que Barthes consacre à Malraux
pouvaient offrir une manière de précipité particulièrement
instructif. Lorsque Barthes lit Malraux, l’on retrouve en effet
entremêlés deux griefs, l’un politique, l’autre
rhétorique, qui ne sont pas étrangers à la désaffection
contemporaine, ni aux anathèmes du dernier biographe en date.
Le premier
constat est déjà fort révélateur : c'est celui
de la maigre présence, pour mieux dire : de la quasi absence de
Malraux, dans les textes de Barthes. Sur les 3700 pages des Œuvres
complètes(3) , on ne compte
qu'un seul texte réellement consacré à Malraux et
seulement douze mentions de son nom, la plupart dans le cadre d'entretiens.
Lorsqu'elle est incluse dans un livre ou un article, la mention n'apparaît
qu'au détour d'une note. Présence littéralement marginale
: visiblement, pour Barthes, l'œuvre de Malraux ne compte pas —
plus exactement : ne compte plus. Car cette occultation masque un déni.
C'est que Barthes n'a pas toujours été, si l'on ose dire,
si “ malruçophobe ”. Dans un entretien, “ Critique
et autocritique ”, publié dans Les Nouvelles littéraires
le 5 mars 1970, il évoque ses lectures de jeunesse :
A ce moment-là [vers 1936], je n'avais
pas d'approche véritable vers la littérature. Les écrivains
contemporains que je connaissais, c'étaient
les grands noms : Gide, Valéry ; ou alors ceux qui arrivaient dans
une sorte d'atmosphère d'avant-garde
: Malraux ou Céline, par exemple." (II 988).
L’on
notera que l'aveu ne se fait pas sans réserve. Cette “ sorte
d'atmosphère d'avant-garde ” laisse supposer qu'y entre une
part de supercherie. D’ailleurs Barthes prend soin d'ajouter : “
Adolescent, j'ai été un très grand lecteur, sinon
un très bon lecteur ; après, j'ai moins lu. ” (ibid.)
Mauvais lecteur : autre façon de dire lecteur de mauvaises littératures
?
Mais l'on parlait d'un texte, un seul, consacré à Malraux.
Il s'intitule “ Opinion sur André Malraux ”. Il a été
écrit à l'occasion de la mort d'André Malraux et
publié dans Le Nouvel Observateur, le 23 novembre 1976. Il fait
une ligne et demie. L’on nous pardonnera de le citer intégralement
:
Ce qui me dépaysait en lui, c'est que j'avais l'impression qu'il
était intelligent par hasard. (III 453)
C'est laconique. On ne peut même pas dire que ce soit poli. C'est
une façon comme une autre d'évacuer les livres.
Mais voici Barthes critique. Pas n'importe où. Aux Lettres Nouvelles,
temple de la nouvelle critique. Dans le numéro 8, le 22 avril 1959,
Barthes affronte le Ministre de la Culture. Malraux vient de lancer sa
réforme des Théâtres nationaux. Le projet est ambitieux.
Pas assez. Sous le titre “ Tragédie et hauteur ”, voici
ce qu’écrit Roland Barthes :
Par l'écart des prétentions et des décisions, la
dernière réforme des Théâtres nationaux a quelque
chose d'encore plus bouffon que les autres. (I 814)
Le ton est
polémique. Malraux, écrit Barthes, “ parle le langage
de la révolution totale, tout cela pour faire jouer un peu plus
Racine et Claudel, un grand écrivain catholique et notre classique
le plus choyé ” (Ibid.). Et, poursuit-il, pour mettre à
la tête des théâtres Nationaux des administrateurs
et des artistes “ formés, promus dans ce même régime
et cette même esthétique qu'ils ont charge de liquider au
nom d'une nouvelle idée de la culture ” (ibid.). Barthes
conclut sa diatribe : “ On ne peut contenter M. Kemp et la révolution
: il faut choisir. Malraux a choisi M. Kemp. ” (I, 814).
Nous sommes au cœur du problème à la fois politique
et générationnel que pose Malraux après-guerre. Le
problème, c'est son gaullisme dans une France où les intellectuels
et la nouvelle critique se piquent de marxisme, où l'Université
prépare son mai 68. Un gaullisme d’autant plus scandaleux
qu’il est celui de l’ex-champion d’une littérature
engagée avant l’heure, celui du contempteur du colonialisme
indochinois, du militant anti-fasciste, du romancier du Temps du mépris
et du fondateur de l’Escadrille España. Bref, le problème
de Malraux, c’est moins encore son gaullisme que son revirement
: sa trahison. Aussi est-il rejeté avec violence dans le camp des
réactionnaires.
L’on
retrouve aujourd’hui ce grief politique, mais renversé. C’est
désormais moins le gaullisme de Malraux qui suscite la suspicion
et la condamnation que son compagnonnage communiste des années
trente ou son entrée, jugée tardive, dans la Résistance.
Olivier Todd, dans un chapitre intitulé “ Les camarades soviétiques
”, parvient ainsi (au prix d’une manipulation des dates des
interventions de l’écrivain et d’une reconstitution
douteuse des événements(4)
) à faire de celui qui, au premier Congrès des écrivains
soviétiques de Moscou, en août 1934, ose dénoncer
le dogme du réalisme socialiste et affirmer le droit imprescriptible
de l’artiste à créer hors de toute doctrine idéologique,
un zélateur de Staline. Mais pour avoir changé de figure
ou de couleur, le grief demeure identique : il s’agit toujours de
masquer une œuvre derrière un personnage publique et, au nom
d’une axiologie de ses prises de position publiques qui fluctue
au gré des époques, de condamner unanimement l’œuvre
et la personne.
Bien sûr,
ce rejet, quand il se fait, comme chez Barthes, au nom du marxisme, n'est
pas toujours simple. Car Malraux est malgré tout l'auteur de L'Espoir.
Lucien Goldmann ne s'y trompe pas lorsque, dans son ouvrage Pour une sociologie
du roman, qui paraît en volume en 1964, il choisit L'Espoir pour
illustrer sa thèse, d'obédience marxiste. Il en fait l'exemple
même de ces romans à héros problématique dont
les valeurs qualitatives se heurtent à “ une société
productrice pour le marché ”, où les valeurs d'usage
disparaissent au profit des valeurs d'échange. L'Espoir est le
modèle aussi d'un roman où “ les véritables
sujets de la création culturelle sont les groupes sociaux et non
pas les individus isolés ”. Bref, pour Goldmann, Malraux
est l'auteur d'un grand roman marxiste, fût-ce malgré lui.
Lorsque Barthes rend compte de l'ouvrage de Goldmann, dans "Les deux
sociologies" (France Observateur, 5 décembre 1963), c'est
sur le ton de l'éloge. Mais comment concilier cet éloge
et l'embarrassante promotion au rang de modèle des romans de Malraux
? Barthes s'en tire par un adjectif.
Dans les romans
à héros problématique […], il y a coïncidence
directe, immédiate, entre la structure économique et la
structure romanesque, entre l'inauthenticité du monde où
vit le héros et le règne tout-puissant d'une économie
où les valeurs d'échanges (“ réifiantes ”)
ont supplanté les valeurs d'usage, auxquelles le créateur
et son héros restent pourtant attachés ; de Stendhal au
premier Malraux, ce type de romans correspond bien au développement
de la bourgeoisie, mais n'est nullement l'expression de la conscience
collective bourgeoise. (I 1148)
Ainsi y aurait-il un premier Malraux, heureusement révolutionnaire
; mais un second honteusement réactionnaire.
Il y a plus : l’existence embarrassante du second justifie rétrospectivement
que soit mis au soupçon la sincérité ou la fiabilité
du premier. Revenons à “ Tragédie et hauteur ”,
le texte que Barthes consacre à la réforme des Théâtre
nationaux. L'on y surprend en effet comment Barthes glisse d'un point
de vue politique à un point de vue rhétorique, et comment
la disqualification de la figure de l’écrivain peut gagner
jusqu’au premier Malraux en empruntant le masque d’un grief
rhétorique. Car une fois remise en cause la sincérité
des velléités révolutionnaires du Ministre, toutes
les protestations d'ambition révolutionnaire, et plus fortes et
plus insistantes elles sont, sont lues comme autant de signes d'un verbalisme
qui cherche à dissimuler sous une rhétorique progressiste
des ambitions de mainteneur, des visées de réactionnaire.
Le texte de Barthes ne cesse de dénoncer dans le discours du Ministre
un “ alibi ”, de fustiger une “ économie astucieuse
” (I 815). Malraux, explique Barthes, se contente d’emboucher
la "trompette de l'humanisme où [il] reste imbattable"
(I, 814-815).
Le point de vue de Barthes sur la rhétorique de Malraux est donc
celui d'un terroriste, au sens que Paulhan a donné à ce
terme dans ses Fleurs de Tarbes, toujours prêt et prompt à
voir dans les mots de l'autre, la trace d'un verbalisme. Il faut jouer
haut et grand, proclame Malraux. Délit de formalisme rétorque
Barthes :
La hauteur est une vertu d'écriture, un drapé d'âme,
ici l'alexandrin, là le castillanisme des passions. […] On
définit [la Tragédie] uniquement comme un ton, une façon
décorative d'articuler les sentiments. (I, 815)
Dès lors, lorsque Barthes aborde (rarement) l'écrivain Malraux,
c'est pour le rejeter de la même façon dans le camp des mainteneurs,
des dinosaures d'une littérature dépassée. C'est
le thème du grantécrivain, le plus récurrent dans
les propos de Barthes sur Malraux. Dans un entretien donné au Figaro
le 27 juillet 1974, “ Roland Barthes contre les idées reçues
”, Barthes affirme :
La littérature a été un objet défini historiquement
par un certain type de société. La société
changeant, inéluctablement, soit dans un sens révolutionnaire,
soit dans un sens capitaliste, la littérature (au sens institutionnel,
idéologique et esthétique que nous donnions naguère
à ce mot) passe : elle pourra ou s'abolir complètement ou
modifier à tel point ses conditions de production, de consommation
et d'écriture, bref sa valeur, qu'il faudra bien en changer le
nom. Que reste-t-il déjà des formes de l'ancienne littérature
?
Quelques modes de discours, des maisons d'édition, un public fragile,
infidèle, miné par la culture de masse, qui n'est pas littéraire
: les grands mainteneurs de littérature s'éloignent : Aragon
et Malraux disparus, il n'y aura plus de "grands écrivains".
(III 72)
Barthes revient
sur cette notion dans un entretien avec Maurice Nadeau (“ Où/ou
va la littérature ? ”) :
On constate un abandon, en quelque sorte national et social, de la grande
littérature et de son mythe. […] Du mythe de l'écrivain
également, car actuellement, aucun écrivain ne tient la
place que tenaient des gens comme Valéry, comme Gide, comme Claudel,
même comme Malraux à cette époque. (III, 64) (5)
Selon Barthes, Malraux appartient donc à une ère de la littérature
qui est au mieux en train de pourrir, au pire déjà morte.
Le grantécrivain, la figure du maître à penser n'a
plus lieu d'être. Il doit donc être l'objet d'une défétichisation,
que Barthes définit comme l'entreprise propre de son geste critique,
comme ce qu'il a retenu de ses maîtres, Marx et Sartre :
Ce qu’ils m’ont apporté essentiellement l’un
et l’autre (je crois du reste que c’est ce qui les réunit,
peut-être même la seule chose qui les réunit), c’est
un développement aigu du pouvoir critique que j’appellerai,
d’une façon plus prétentieuse, mais plus juste aussi,
le pouvoir de “ défétichisation ”, l’énergie
sans cesse en alerte pour défétichiser les valeurs, les
idoles, les rites de l’institution sociale. (II, 989)
Mais Sartre
? N’est-il pas précisément, durant ces années
70, avec Aragon et Malraux, l’exemple même du grantécrivain
engagé ? Pour Barthes, Sartre échappe à son statut
en ce qu'il incarne moins la figure dépassée du grantécrivain
que son incarnation ironique. C’est ce qu’il confie à
Jacques Chancel dans un entretien qui date de 1975 :
Il y a un homme qui fait la charnière, qui se situe justement au
point de désagrégation historique de la littérature,
c'est Sartre. Parce qu'au fond il a tenu et tient encore cette sorte de
leadership de la culture et de la littérature ; mais comme précisément
son œuvre même se définit comme une destruction du semblant
littéraire, de la prose littéraire, par là même,
il a contribué puissamment à la destruction du mythe littéraire.
(III, 345-346).
Sartre occupe donc une position double : à la fois dernière
incarnation et fossoyeur du grantécrivain — défétichisateur
de lui-même.
Mais revenons
à Malraux, et franchissons avec Barthes l'ultime étape de
l'occultation défétichisante : si Malraux est un mainteneur,
c’est qu’il appartient à un temps de l'écriture
révolu et maintient de ce fait aussi des formes de littérature
dépassées. On glisse du personnage du grantécrivain
à une pratique de l'écriture qui lui est associée
et qu'on pourrait définir comme une confiance dans le langage,
ou, en terme sartrien, l'exercice d'une écriture littéraire
de la bonne conscience.
En 1957, dans “ Le Mythe aujourd'hui ”, appendice à
ses Mythologies, Barthes évoque son Degré zéro de
l'écriture : mise au jour de “ la subversion de l'écriture
”, du dévoilement propre à la modernité littéraire
(que Barthes fait remonter à Flaubert) de l'écriture “
comme signifiant ”, comme “ acte radical par lequel un certain
nombre d'écrivains ont tenté de nier la littérature
comme système mythique ” (I 702). Or une note vise précisément
à rejeter Malraux hors de cette révolution de la littérature
moderne : il y a bien un style Malraux, et donc une conscience du travail
d'écriture comme jeu sur le signifiant, mais la note précise
:
Le style est une substance sans cesse menacée de formalisation
: d'abord il peut très bien se dégrader en écriture
: il y a une écriture-Malraux, et chez Malraux lui-même.
(I 701)
L'on retrouve l'accusation de formalisme, mais déplacée
du discours à l'écriture, de l’homme à l’œuvre.
Alors, quel mythe substituer à celui du grantécrivain ?
Où est la littérature, si elle a déserté son
champ traditionnel ? Où va la littérature après la
rupture épistémologique de la modernité ? Qui est,
pour Barthes, véritablement écrivain ? C’est celui
dont le “ texte […] fait éclater les contraintes de
la lisibilité classique, c'est-à-dire les textes que la
plupart d'entre nous déclarent illisibles, mais qui, à partir
du moment où l'on essaie de réinventer une façon
de lire devient un texte exemplaire, parce que c'est précisément
un texte où le signifié, comme nous le disions tout à
l'heure, est expulsé vraiment à l'infini, et où demeure
simplement un réseau extrêmement proliférant de signifiants."
(II, 994). Barthes reconnaît dans cette définition un texte
et un écrivain : c'est Sollers. Dans Sollers écrivain, en
1979, à propos de H et de son mode de lecture, Barthes écrit
:
Le texte s'offre à des lecteurs qui ne vivent pas dans le même
temps de lecture (même s'ils sont biographiquement contemporains).
Certains veulent lire H comme un roman (et ils sont déçus)
; d'autres sont dans l'avant-garde de 1930 ; d'autres se mettent enfin
postulativement dans l'avenir (même si, demain, ce ne sera pas ce
texte-là), en sachant que cet avenir n'est pas seulement progressif
et qu'il comporte dialectiquement des retours, des contretemps : un lecteur
de Dante ou de Rabelais est sans doute plus proche de H qu'un lecteur
de Malraux. (III, 959)
Voici définitivement
sonnée l’exclusion de Malraux hors du champ d’une littérature
moderne et de son œuvre hors de la littérature présente,
c’est-à-dire non pas seulement contemporaine, mais qui fasse
écho aux préoccupations de langage de la modernité.
Voici sonné son rejet dans une conception référentielle
de la littérature, du côté du signifié : soumise
à la relation d'évènements, à la transmission
d'idées. Pas du côté du signifiant et de sa jouissance.
Ce rejet est l’une des clefs de la désaffection universitaire
contemporaine pour l’œuvre malrucienne. Celle-ci a en partie
raté le coche de la nouvelle critique et de la linguistique moderne,
et de ses traductions théoriques universitaires des années
soixante et soixante-dix : sémiologie, poétique du texte
et narratologie. Aujourd'hui encore, quand un poéticien s'intéresse
à Malraux(6) , c'est pour
tenter, à partir de l'exemple de La Condition humaine, de construire
le modèle d'une poétique des valeurs. L'attention est une
nouvelle fois détournée vers le sens, le signifié,
ou pire : le message. Il faut dire que la critique universitaire malrucienne
n'a pas toujours combattu cette affiliation de l'œuvre de Malraux
à une littérature du référent avec suffisamment
de vigueur : soit qu'elle ait pris le parti du grand écrivain et
du grand homme contre ses contempteurs quitte à verser dans une
direction hagiographique ; soit qu'elle ait souvent commencé par
lire les textes malruciens d'un point de vue thématique, historique
ou philosophique. Il lui appartient encore, mais le travail est en cours(7)
, d'extraire l'œuvre malrucienne du purgatoire où le terrorisme
textuel de la nouvelle critique l'a rejetée et de dévoiler
avec force la modernité poétique des textes et l’ensemble
de ce que l’œuvre a à nous dire sur certains des enjeux
de la littérature moderne et contemporaine.
1-Olivier Todd, André Malraux,
une vie, Paris, Gallimard, 2001. (...
2-Robert Payne, André Malraux,
Paris, éditions Buchet/Chastel, 1973 et (nouvelle édition
complétée), 1996 ; Jean Lacouture, André Malraux.
Une vie dans le siècle 1901-1976, Paris, Seuil, 1973 ; Cutis Cate,
André Malraux, Paris, Flammarion, 1994.(...
3-Roland Barthes, Œuvres complètes,
Paris, Seuil, t. 1 : 1993, t. 2 : 1994, t. 3 : 1995. Toutes nos citations
renvoient aux trois tomes de cette édition, respectivement abrégé
I, II et III.(...
4-Voir Jean-Pierre Morel, “ Le
Congrès de Moscou (1934) ”, à paraître dans
Malraux, d’un siècle l’autre, actes du colloque de
Cerisy-la-Salle 24-31 août 2001, Paris, Gallimard et Julien Dieudonné,
“ Pensée sur l’art et engagement politique chez André
Malraux : les discours des années 30 et le réalisme socialiste
”, à paraître dans L’Ecole des Lettres, numéro
spécial Malraux, novembre 2001.(...
5-Barthes y revient encore dans un entretien
avec Jacques Chancel le 17 février 1975 (III 345), dans "Préface-entretien
à Littérature occidentale", R. Laffont, 1976 (III,
429)(...
6-Vincent Jouve, Poétique des
valeurs, Paris, Seuil, 2001.(...
7-L’on peut renvoyer le lecteur
aux travaux de Henri Godard et de Jean-Claude Larrat sur la conception
de la littérature malrucienne, de Jacques Lecarme sur l’apport
malrucien à une théorie et à une pratique de l’autobiographie.
(...
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